| Je vous dis pas comme c'est galère à garer, un machin comme ça |
Quand on voit que pour leurs festivités, rien n'amuse tant les Japonais de la shitamachi (ville basse) que de trimbaler des autels portatifs (o-mikoshi) d'une bonne petite tonne dans tout le quartier en sautillant pendant une demi-journée, on ne s'étonne plus tant que ça qu'ils aient soudainement décidé de s'attaquer de but en blanc à l'une des plus grande puissance de la planète pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ça me sidérera toujours de voir à quel point ces gens, qui sont sans doute les plus gros consommateurs de confort qu'on puisse trouver sur le globe, sont par ailleurs capables de se mettre volontairement dans des situations où il leur faut endurer gratuitement des peines énormes.
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| Prends la photo, vite ! pendant que j'arrive encore à sourire ! |
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| Avec Kataoka-sensei |
Comme vous pouvez le constater, le dress-code est très rigoureux ; on s'habille par division de quartier, avec des vertes de couleur ou à motifs et des hachi-maki (bandeaux) sur la tête. Sous la veste, je suis dans une espèce de salopette deux-pièces façon bleu de travail sur une chemise de coton blanche. Certains préfèrent évidemment porter le fameux fundôshi, qu'on peut abréger rapidement en moule-bite. Oui mais non, pas le caleçon serré que vous imaginez. Un vrai moule-bite, qui vous enserre bien proprement les kintama dans un petit paquet devant, et qui vous fait un joli string dans la raie des fesses derrière. Chez certains, il faut admettre, c'est avantageux. Chez d'autres...
Bon, moi j'ai opté pour le genre de salopette, hein.
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| Shimizu-san |
Le tout m'a été gracieusement fourni par Shintani-sensei, qui ne pouvait pas porter le mikoshi cette année, car sa grand-mère est décédée récemment : dans ce cas, la tradition veut qu'on soit "interdit de festivité" pendant un an (c'est le deuil quoi). Du coup, j'ai joué les remplaçants au sein de la Team Shimizu, c'est-à-dire avec Toshi Shimizu (ma maman se souvient), et un troupe d'autres joyeux lurons. Ils ont tous été aux petits soins avec moi, on a même sorti des poutres de chez Shimizu-san (c'est son métier, de vendre du bois) pour faire des exercices supplémentaires (des "révisions" qu'ils ont dit). Aïe aïe aïe, les salauds.
| Un bleu (rouge) |
Le lendemain, vous avez ainsi le privilège d'afficher un énorme bleu rouge-violacé qui a migré depuis le haut de votre épaule en dégradé vers le bas au gré des sautillements, et qui témoigne en couleur de votre dévotion et de votre contribution à la tâche sociale. Il parait que ceux qui participent tout au long de l'année aux divers matsuri développent rapidement une excroissance calleuse au dessus de l'épaule, qui est probablement extrêmement mauvaise pour la condition physique à long terme, mais qu'ils arborent, dit-on, avec une grande fierté.
On les comprend.
En fait, avec l'expérience qui vient, ça se passe déjà nettement mieux quand on commence à comprendre qu'il ne faut pas essayer de porter le mikoshi (tâche impossible, et puis aussi très prétentieuse, on s'en rend vite compte), mais qu'il faut se contenter de s'y cramponner fermement en s'accordant au rythme cadencé des pas de ses compagnons. On réalise alors que le mikoshi se porte en fait tout seul (eh, y'a un dieu dedans quand même ; c'est pas pour rien, hein !). Si vous y réfléchissez, c'est une belle leçon sur la vie : au lieu d'essayer connement de vous esquinter les épaules à porter un fardeau trop lourd pour vous, contentez vous de faire de votre mieux pour être en accord avec vos compagnons de labeur, votre communauté, vos concitoyens ; si chacun s'accorde avec tout le monde, le fardeau se portera tout seul.
Et d'ailleurs, c'est pas si facile qu'on le croit, de sautiller en cadence avec un joli mouvement de mollet. Essayez donc pour voir, tiens !
Pour finir, Tan est sortie de chez Ikéa à temps pour venir boire des bières au coin du feu d'une lampe halogène, manger des sushi-maki et des trucs japonais bizarres en goûtant du nihon-shu (saké) de tous les coins du Japon. Ça s'est fini à faire des parties de bras de fer entre Tan, Shintani-sensei, Shimizu-san et moi.
Eh ! J'ai gagné contre Tan !
Bref, on s'est bien marré.



