mardi 18 juin 2013

矢先稲荷神社祭り (Yasaki-Inari-jinja matsuri)

Je vous dis pas comme c'est galère
à garer, un machin comme ça
Quand on voit que pour leurs festivités, rien n'amuse tant les Japonais de la shitamachi (ville basse) que de trimbaler des autels portatifs (o-mikoshi) d'une bonne petite tonne dans tout le quartier en sautillant pendant une demi-journée, on ne s'étonne plus tant que ça qu'ils aient soudainement décidé de s'attaquer de but en blanc à l'une des plus grande puissance de la planète pendant la Seconde Guerre Mondiale. Ça me sidérera toujours de voir à quel point ces gens, qui sont sans doute les plus gros consommateurs de confort qu'on puisse trouver sur le globe, sont par ailleurs capables de se mettre volontairement dans des situations où il leur faut endurer gratuitement des peines énormes.


Prends la photo, vite ! pendant que j'arrive encore à sourire !

Avec Kataoka-sensei
Comme vous pouvez le constater, le dress-code est très rigoureux ; on s'habille par division de quartier, avec des vertes de couleur ou à motifs et des hachi-maki (bandeaux) sur la tête. Sous la veste, je suis dans une espèce de salopette deux-pièces façon bleu de travail sur une chemise de coton blanche. Certains préfèrent évidemment porter le fameux fundôshi, qu'on peut abréger rapidement en moule-bite. Oui mais non, pas le caleçon serré que vous imaginez. Un vrai moule-bite, qui vous enserre bien proprement les kintama dans un petit paquet devant, et qui vous fait un joli string dans la raie des fesses derrière. Chez certains, il faut admettre, c'est avantageux. Chez d'autres...

Bon, moi j'ai opté pour le genre de salopette, hein.


Shimizu-san
Le tout m'a été gracieusement fourni par Shintani-sensei, qui ne pouvait pas porter le mikoshi cette année, car sa grand-mère est décédée récemment : dans ce cas, la tradition veut qu'on soit "interdit de festivité" pendant un an (c'est le deuil quoi). Du coup, j'ai joué les remplaçants au sein de la Team Shimizu, c'est-à-dire avec Toshi Shimizu (ma maman se souvient), et un troupe d'autres joyeux lurons. Ils ont tous été aux petits soins avec moi, on a même sorti des poutres de chez Shimizu-san (c'est son métier, de vendre du bois) pour faire des exercices supplémentaires (des "révisions" qu'ils ont dit). Aïe aïe aïe, les salauds.

Un bleu (rouge)
Le lendemain, vous avez ainsi le privilège d'afficher un énorme bleu rouge-violacé qui a migré depuis le haut de votre épaule en dégradé vers le bas au gré des sautillements, et qui témoigne en couleur de votre dévotion et de votre contribution à la tâche sociale. Il parait que ceux qui participent tout au long de l'année aux divers matsuri développent rapidement une excroissance calleuse au dessus de l'épaule, qui est probablement extrêmement  mauvaise pour la condition physique à long terme, mais qu'ils arborent, dit-on, avec une grande fierté.

On les comprend.

En fait, avec l'expérience qui vient, ça se passe déjà nettement mieux quand on commence à comprendre qu'il ne faut pas essayer de porter le mikoshi (tâche impossible, et puis aussi très prétentieuse, on s'en rend vite compte), mais qu'il faut se contenter de s'y cramponner fermement en s'accordant au rythme cadencé des pas de ses compagnons. On réalise alors que le mikoshi se porte en fait tout seul (eh, y'a un dieu dedans quand même ; c'est pas pour rien, hein !). Si vous y réfléchissez, c'est une belle leçon sur la vie : au lieu d'essayer connement de vous esquinter les épaules à porter un fardeau trop lourd pour vous, contentez vous de faire de votre mieux pour être en accord avec vos compagnons de labeur, votre communauté, vos concitoyens ; si chacun s'accorde avec tout le monde, le fardeau se portera tout seul.

Et d'ailleurs, c'est pas si facile qu'on le croit, de sautiller en cadence avec un joli mouvement de mollet. Essayez donc pour voir, tiens !




Pour finir, Tan est sortie de chez Ikéa à temps pour venir boire des bières au coin du feu d'une lampe halogène, manger des sushi-maki et des trucs japonais bizarres en goûtant du nihon-shu (saké) de tous les coins du Japon. Ça s'est fini à faire des parties de bras de fer entre Tan, Shintani-sensei, Shimizu-san et moi.

Eh ! J'ai gagné contre Tan !


Bref, on s'est bien marré.

dimanche 6 janvier 2013

日光 (Nikkô)

Nikkô, la Lumière du Soleil, perchée dans les montagnes au nord de Tôkyô, rempart contre les forces de l'ombre et pendant protecteur de la porte démoniaque. C'est là que le shogun 徳川家康 (Tokugawa Ieyasu), premier grand unificateur du Japon, a choisi de placer son mausolée, de manière à devenir un kami protecteur pour la ville d'Edo (actuelle Tôkyô), loin en contrebas.

Je suis allé visité le sanctuaire appelé 東照宮 (Tôshô-gû) avec Yukiko ce dimanche, sanctuaire qui, comme d'habitude au Japon, est un joyeux mélange presque indiscernable de temples bouddhistes et d'autels shintô, un peu comme si nos abbayes abritaient dans certains coins une grande mosquée ou un bout de synagogue. Il y a cependant une continuité architecturale, alors seul l'œil averti fait la différence, notamment en observant la différence des rituels devant les autels. Il serait par exemple absurde de frapper dans ses mains devant le shômen d'un temple bouddhiste, puisqu'on ne voit pas bien quel kami il y aurait à convoquer...


Il a fallu se lever à 6h30 le matin (qui pour un presque dernier jour de vacance était un peu rude), et trois heures de trains pour arriver à nos fins. Mais le voyage en valait la peine.


On a commencé par vouloir traverser un très joli pont en bois laqué rouge, récemment restauré et anciennement réservé aux ambassadeurs. Il fallait pour la peine payer 300 yen au petit guichet à l'entrée, pour s'apercevoir qu'on... ne pouvait pas traverser. Le débouché était barré, et le droit de passage était en fait un droit d'entrée et de ressortir par où on était venu. Concept intéressant pour un pont. Du coup, on a dû traverser comme tout le monde, sur le pont moche en béton, mais ça m'a permis de prendre une photo.

Le sanctuaire lui-même est un important complexe et réseau de bâtiments, avec tous les attributs d'un sanctuaire japonais : mon, torii, koma-inu, tôrô, shime-nawa...

Kami protecteur du mon
Mon avec deux koma-inu dans les niches de part et d'autre.















Torii barré par une shime-nawa (corde tressée)




Allée bordée de tôrô (lanternes)














Le sanctuaire de Nikkô est aussi très connu pour les réalisations d'un sculpteur célèbre nommé 左甚五郎 (Hidari Jingorô), et particulièrement les trois singes de la sagesse, qui ne voient pas, n'entendent pas et ne disent pas le mal. Egalement un mon décoré d'une profusion de kirin (animal imaginaire ancien, incarné désormais par la girafe), ainsi que le 眠り猫 (nemuri-neko, chat endormi), qui est en haut d'un portail, en tout petit, qui explique l'absence de bonne photo.


Kirin












   Evidemment, tout le monde se prenait en photo devant les singes, et j'en ai raté une bonne, quand trois petites filles japonaises se sont mises devant et ont fait des mimiques imitant les trois macaques. Trop mignon.



Bien entendu, on peut également aller admirer la tombe du shogun Tokugawa, moyennant une petite ascension et quelques piécettes de plus. Mais la montée vaut vraiment le détour, plus encore que la tombe en elle-même.


















Tombeau de Ieyasu Tokugawa

Comme vous pouvez le constater sur les photos précédentes, ce qui a le plus retenu mon attention dans tout ça, c'était la profusion de magnifiques 杉 (sugi, cryptomérias ou cèdres du Japon). Notez que j'habite moi-même à 杉並区 (suginami-ku, littéralement le district des rangées de cèdres), mais même dans le parc de l'arrondissement, il n'y en a pas d'aussi beaux. Après la beauté architecturale douteuse de Tôkyô (de ce point de vue, mieux vaut encore Ôsaka), un peu de montagne sauvage, ça fait un bien fou.

Après, ce n'est qu'un amas de bâtiments en bois laqués de rouge ou brut, blindés de couleurs vives (bleu et vert) et couverts de feuilles d'or, qui font "kin-kira kin-kira" tellement ça brille dans tout les sens.

Tout le monde n'est pas le premier de la lignée des shoguns Tokugawa. Fallait marquer le coup.


Kin-kira kin-kira








































    Après ça, j'ai dormi dix heures d'affilée, d'une traite.
    Les hauteurs, ça fatigue.

samedi 5 janvier 2013

巡り (Pélerinage)

Hier, j'ai fait le tour des sept temples de Yanaka avec Shintani-sensei pour la nouvelle année. Bonheur, richesse, force victoire et santé devraient donc me combler pendant les douze mois à venir, je suppose. D'autant que j'ai scrupuleusement collecté tous les sceaux des sept temples sur mon carnet de pèlerinage.

青雲寺 (Seiunji)
東覚寺 (Tôgakuji)



修性院 (Shushôin)
天王寺 (Tennôji)























長安寺 (Chôanji)
護国院 (Gokokuin)























弁天堂 (Bentendô)