samedi 24 novembre 2012

焼肉 (Yakiniku)



Exactement un mois avant Noël, Yukiko, Nagase, Nozaki et moi n'avons pas été sage du tout... mais on s'en est payé une bonne tranche : Nagase nous avais invité au concert de l'orchestre amateur de sa boîte (IBM). Quand je dis « amateur », n'allez pas imaginer la fanfare du coin. C'était un vrai programme très bien ficelé, à l'auditorium de la mairie du district de Bunkyô. Le chef et la pianiste soliste étaient des professionnels, il y avait trois énormes caméras pour filmer le tout, et ils ont vraiment très bien joué (c'était du Gershwin).
Du coup, on a séché l'entraînement du Matsuba, et on est allé se faire péter le ventre dans un yakiniku coréen (entre le barbecue et la pierrade). C'était vraiment très bon, plein de sauces, du bœuf, du porc, du foie, des morceaux de choix, une très bonne ambiance, et on a accompagné tout ça de bières et d'umeshu bien mérités. Mais comme ça commençait bien, on a voulu continuer, et on s’est bientôt retrouvés dans un karaoke du côté d’Ueno.

Là, c’est le drame : après avoir bien rigolé et pris des tas de photos trop bien, Nagase s’empare de mon appareil et commence à appuyer sur tous les boutons en répétant : « Ah, c’est du français, je comprends rien ». Moi j’ai laissé faire, j’étais occupé. Jusqu’à ce qu’il me tende l’appareil en me disant : « Euh, il y a un problème, ça affiche plus rien ».

* Mémoire vide *
…

AAAAAAAAAH !

Ça, c’est moi qui suis très énervé parce qu’il a effacé toutes nos supers photo. Je fais les cornes ; en japonais, ça veut dire « je suis un gros ogre-démon méchant, ce qui signifie que je suis très en colère ». Je m’en sers depuis longtemps, c’était plus facile à retenir au début que le verbe « être en colère » (怒る, pour les intimes). Ensuite, c’est Nagase qui se confond en plates excuses et implore ma mansuétude. Du coup, on a pris un enchô (une prolongation), comme en kendô, et on a refait plein de photos très vite.




















* * *

























Nozaki


Mama





















Anges & démons

Nagase a dû rentrer ensuite, parce que ça femme Miki le mène à la baguette (et puis il pouponne), mais Yukiko, Nozaki et moi, qui n’avons personne pour guetter tendrement notre retour titubant à la maison, avec les bras affectueusement croisés sur la poitrine et le rouleau à pâtisserie délicatement passé dans la ceinture, on s’est retrouvés pour un dernier burger avant la route (on avait un creux, tout à coup) dans un bar américain que Yukiko m’avait montré il y a deux ans. Ils font un super burger à la sauce Jack Daniel’s.
Miam !

dimanche 18 novembre 2012

山口はるつね (Yamaguchi Harutsune)

Hier, j'ai revu mon copain Harutsune pour la première fois depuis presque deux mois. En ce moment, il vient rarement au club, parce qu'il est très pris par ses études. Il faut dire aussi, il vient d'entrer au collège. Pour tout dire en un mot : il est absolument adorable. Mais ne vous y trompez pas : c'est déjà un fierceful little kendôka, et il a ça dans le sang. Je ne donne pas cher de ma peau quand il aura fini sa croissance.




Comme on a rarement l'occasion de se voir, et que les ji-geiko sont des moments où l'on en profite plutôt l'un et l'autre pour affronter les sensei du Matsuba Kendô Club, je me suis rabattu hier sur la demi-heure dont on dispose après l'entraînement pour lui apprendre les deux premiers kendo no kata, qu'il a compris et exécuté comme s'il avait fait ça toute sa vie. Finalement, on a passé un bon moment à peu de frais, et on remettra ça dés que possible.



Si je suis tellement attaché à lui, c'est d'une part parce qu'on trouve rarement des enfants à la fois aussi prometteurs et aussi gentils, mais également parce que son père, Ichiro Yamaguchi, a toujours fait beaucoup pour moi durant mon premier séjour au Japon, et est resté, au-delà de mon retour en France, un correspondant assidu et un ami dévoué. Il n'a eu de cesse de m'embarrasser de cadeaux, et s'est toujours montré très préoccupé de m'aider à découvrir la culture et les modes de pensée japonais, notamment en passant des heures à discuter de budô et d'histoire avec moi (en japonais, portable et dictionnaire en main, avec des débuts difficiles, étant donné mon niveau initial). Il m'a également emmené au musée, visiter des temples, des sanctuaires, et m'a pas mal promené de lieux en lieux en voiture, en détaillant les pourquoi et les comment des usages, en ponctuant le tout de conseils linguistiques et d'avis personnels.
Sa femme est également d'une gentillesse incroyable, et j'ai eu l'honneur d'être un jour invité chez eux et partie prenante d'une démonstration de 茶道 (sadô), ce qu'on appelle en français cérémonie du thé, car c'est une ancienne adepte.

Bref, Ichiro Yamaguchi est l'un de ces rares Japonais spontanément très ouvert aux étrangers, très désireux de partager avec eux, et plein de prévenance et de gentillesse. Si je devais choisir un fils idéal, je choisirais le sien (qui a déjà été pris pour le mien, une fois, de manière assez improbable et amusante), car Harutsune présente toute les qualités qu'on pourrait lui souhaiter : mignon comme tout, poli sans être réservé, doué, volontaire, et surtout toujours souriant. C'est un vrai plaisir de l'avoir comme jeune compagnon d'arme, et de l'imaginer en route pour le meilleur.

近藤由紀子 (Kondô Yukiko)

Comment ne pas commencer par Yukiko ? Depuis le début, elle est ma maman japonaise, celle qui prend soin de moi, se préoccupe de ma santé, des vêtements que je porte, de la nourriture que je mange, des maladies que j'attrape, du travail que je fais, et me conseille dans toutes mes démarches administratives délicates. Occasionnellement, on se fait une virée dans un des incalculables hauts lieux de la gastronomie tokyoïtes, qu'elle semble connaître par coeur. Les Shintani la traitent affectueusement d'épicurienne, et nous partageons effectivement un goût prononcé pour la bonne bouffe et la boisson, qui ne sont pas les moindres de nos terrains d'entente.
C'est également la seule personne du Matsuba Kendô Club qui parle un anglais parfait, étant donné qu'elle travaille comme secrétaire dans un Club de gentlemen très sélect de Roppongi. Elle m'a dit une fois que Mishima Yukio y avait jadis postulé, et avait été refusé. N'est pas membre qui veut, ce qui me permet d'en déduis secrètement que n'y est pas secrétaire qui veut non plus.
La communication étant plus facile entre nous, elle a donc été mon interlocuteur principal au Matsuba Kendô Club dés le commencement, dans mes débuts hésitants au Japon (la première fois, elle m'avait pris pour une fille, avec mes cheveux longs et mon long visage fin. Ça la fait encore rire en y repensant, depuis que j'ai perdu mes cheveux et pris dix kilos). Peu à peu, elle m'a en fait servi d'intermédiaire privilégié avec toute la société et la culture japonaise, me guidant à travers les usages courants et les pièges de la vie en société, dans les réunions et les nomikai avec les autres sensei et dôjô du district. Grâce à son travail, elle a une connaissance à la fois très aigue et très naturelle du 仁義 (jingi), des bonnes manières et du "comment se comporter en société avec les différentes personnes qui la composent". Elle sait être à la fois respectueusement simple avec les hautes personnalités et décontractée avec les amis, voire carrément excentrique dans une soirée karaoké privée. C'est grâce à elle que j'ai fait mes premières rencontres et mes premiers pas dans le monde du kendô de Taitô-ku (elle m'a présenté à Satô-sensei en premier lieu), et c'est finalement grâce à cela que j'ai petit à petit pu voler de mes propres ailes en toute confiance, de sorte qu'elle admet à présent que j'y connais plus de monde qu'elle. Bref, c'est à la fois mon professeur de mondanité et mon compagnon de débauche à Taitô-ku, sans compter toute l'aide matériel et morale qu'elle a pu m'apporter.

Je ne vous dirai pas son âge, parce que ça ne se fait pas, et de toute façon, vous ne pourriez pas le deviner.

Une personne inestimable.