Nikkô, la Lumière du Soleil, perchée dans les montagnes au nord de Tôkyô, rempart contre les forces de l'ombre et pendant protecteur de la porte démoniaque. C'est là que le shogun 徳川家康 (Tokugawa Ieyasu), premier grand unificateur du Japon, a choisi de placer son mausolée, de manière à devenir un kami protecteur pour la ville d'Edo (actuelle Tôkyô), loin en contrebas.
Je suis allé visité le sanctuaire appelé 東照宮 (Tôshô-gû) avec Yukiko ce dimanche, sanctuaire qui, comme d'habitude au Japon, est un joyeux mélange presque indiscernable de temples bouddhistes et d'autels shintô, un peu comme si nos abbayes abritaient dans certains coins une grande mosquée ou un bout de synagogue. Il y a cependant une continuité architecturale, alors seul l'œil averti fait la différence, notamment en observant la différence des rituels devant les autels. Il serait par exemple absurde de frapper dans ses mains devant le shômen d'un temple bouddhiste, puisqu'on ne voit pas bien quel kami il y aurait à convoquer...
Il a fallu se lever à 6h30 le matin (qui pour un presque dernier jour de vacance était un peu rude), et trois heures de trains pour arriver à nos fins. Mais le voyage en valait la peine.
On a commencé par vouloir traverser un très joli pont en bois laqué rouge, récemment restauré et anciennement réservé aux ambassadeurs. Il fallait pour la peine payer 300 yen au petit guichet à l'entrée, pour s'apercevoir qu'on... ne pouvait pas traverser. Le débouché était barré, et le droit de passage était en fait un droit d'entrée et de ressortir par où on était venu. Concept intéressant pour un pont. Du coup, on a dû traverser comme tout le monde, sur le pont moche en béton, mais ça m'a permis de prendre une photo.
Le sanctuaire lui-même est un important complexe et réseau de bâtiments, avec tous les attributs d'un sanctuaire japonais : mon, torii, koma-inu, tôrô, shime-nawa...
| Kami protecteur du mon |
| Mon avec deux koma-inu dans les niches de part et d'autre. |
| Torii barré par une shime-nawa (corde tressée) |
| Allée bordée de tôrô (lanternes) |
| Kirin |
Evidemment, tout le monde se prenait en photo devant les singes, et j'en ai raté une bonne, quand trois petites filles japonaises se sont mises devant et ont fait des mimiques imitant les trois macaques. Trop mignon.
Bien entendu, on peut également aller admirer la tombe du shogun Tokugawa, moyennant une petite ascension et quelques piécettes de plus. Mais la montée vaut vraiment le détour, plus encore que la tombe en elle-même.
| Tombeau de Ieyasu Tokugawa |
Comme vous pouvez le constater sur les photos précédentes, ce qui a le plus retenu mon attention dans tout ça, c'était la profusion de magnifiques 杉 (sugi, cryptomérias ou cèdres du Japon). Notez que j'habite moi-même à 杉並区 (suginami-ku, littéralement le district des rangées de cèdres), mais même dans le parc de l'arrondissement, il n'y en a pas d'aussi beaux. Après la beauté architecturale douteuse de Tôkyô (de ce point de vue, mieux vaut encore Ôsaka), un peu de montagne sauvage, ça fait un bien fou.
Après, ce n'est qu'un amas de bâtiments en bois laqués de rouge ou brut, blindés de couleurs vives (bleu et vert) et couverts de feuilles d'or, qui font "kin-kira kin-kira" tellement ça brille dans tout les sens.
Tout le monde n'est pas le premier de la lignée des shoguns Tokugawa. Fallait marquer le coup.
| Kin-kira kin-kira |
Après ça, j'ai dormi dix heures d'affilée, d'une traite.
Les hauteurs, ça fatigue.