dimanche 18 novembre 2012

近藤由紀子 (Kondô Yukiko)

Comment ne pas commencer par Yukiko ? Depuis le début, elle est ma maman japonaise, celle qui prend soin de moi, se préoccupe de ma santé, des vêtements que je porte, de la nourriture que je mange, des maladies que j'attrape, du travail que je fais, et me conseille dans toutes mes démarches administratives délicates. Occasionnellement, on se fait une virée dans un des incalculables hauts lieux de la gastronomie tokyoïtes, qu'elle semble connaître par coeur. Les Shintani la traitent affectueusement d'épicurienne, et nous partageons effectivement un goût prononcé pour la bonne bouffe et la boisson, qui ne sont pas les moindres de nos terrains d'entente.
C'est également la seule personne du Matsuba Kendô Club qui parle un anglais parfait, étant donné qu'elle travaille comme secrétaire dans un Club de gentlemen très sélect de Roppongi. Elle m'a dit une fois que Mishima Yukio y avait jadis postulé, et avait été refusé. N'est pas membre qui veut, ce qui me permet d'en déduis secrètement que n'y est pas secrétaire qui veut non plus.
La communication étant plus facile entre nous, elle a donc été mon interlocuteur principal au Matsuba Kendô Club dés le commencement, dans mes débuts hésitants au Japon (la première fois, elle m'avait pris pour une fille, avec mes cheveux longs et mon long visage fin. Ça la fait encore rire en y repensant, depuis que j'ai perdu mes cheveux et pris dix kilos). Peu à peu, elle m'a en fait servi d'intermédiaire privilégié avec toute la société et la culture japonaise, me guidant à travers les usages courants et les pièges de la vie en société, dans les réunions et les nomikai avec les autres sensei et dôjô du district. Grâce à son travail, elle a une connaissance à la fois très aigue et très naturelle du 仁義 (jingi), des bonnes manières et du "comment se comporter en société avec les différentes personnes qui la composent". Elle sait être à la fois respectueusement simple avec les hautes personnalités et décontractée avec les amis, voire carrément excentrique dans une soirée karaoké privée. C'est grâce à elle que j'ai fait mes premières rencontres et mes premiers pas dans le monde du kendô de Taitô-ku (elle m'a présenté à Satô-sensei en premier lieu), et c'est finalement grâce à cela que j'ai petit à petit pu voler de mes propres ailes en toute confiance, de sorte qu'elle admet à présent que j'y connais plus de monde qu'elle. Bref, c'est à la fois mon professeur de mondanité et mon compagnon de débauche à Taitô-ku, sans compter toute l'aide matériel et morale qu'elle a pu m'apporter.

Je ne vous dirai pas son âge, parce que ça ne se fait pas, et de toute façon, vous ne pourriez pas le deviner.

Une personne inestimable.